Le Grand RĂȘve Économique de l’Afrique Australe ConfrontĂ© aux RĂ©alitĂ©s AsymĂ©triques

L’Accord fondateur de la CommunautĂ© de dĂ©veloppement de l’Afrique australe (SADC), le TraitĂ© de Windhoek (1992), a posĂ© les jalons d’une intĂ©gration Ă©conomique ambitieuse. La mise en place subsĂ©quente du Protocole sur le commerce (1996), menant Ă  une Zone de Libre-Échange (ZLE), symbolise l’aspiration Ă  la prospĂ©ritĂ© rĂ©gionale. Cependant, malgrĂ© ces instruments juridiques, une analyse critique rĂ©vĂšle que la SADC souffre de lacunes structurelles, de dĂ©sĂ©quilibres persistants et d’un dĂ©ficit de mise en Ɠuvre qui compromettent l’Ă©quitĂ© et le dĂ©veloppement industriel, transformant l’intĂ©gration en un avantage disproportionnĂ© pour quelques-uns.


I. Les Blocages Structurels : Asymétries et Déficit de Volonté Politique

Le fossĂ© entre les engagements protocolaires et leur application effective est l’entrave majeure Ă  la pleine rĂ©alisation des objectifs de la SADC.

A. La Non-ConformitĂ© et l’Harmonisation Manquante

La faiblesse de la volontĂ© politique et les capacitĂ©s institutionnelles limitĂ©es des États membres se traduisent par une non-conformitĂ© chronique. De nombreux protocoles rĂ©gionaux ne sont pas pleinement intĂ©grĂ©s dans les lĂ©gislations nationales. Ce dĂ©ficit d’harmonisation freine la libre circulation :

  • Des biens et services : Persistance des barriĂšres non tarifaires.
  • Des capitaux : Manque de standardisation rĂ©glementaire.
  • Des personnes : Restrictions de visas et de permis de travail contredisant l’esprit de la ZLE.

B. La Domination Économique Sud-Africaine et les Clauses DĂ©sĂ©quilibrĂ©es

L’architecture de l’accord ne parvient pas Ă  compenser les asymĂ©tries Ă©conomiques criantes. L’Afrique du Sud, puissance Ă©conomique rĂ©gionale, bĂ©nĂ©ficie de maniĂšre disproportionnĂ©e des accords commerciaux.

  • ComplexitĂ© et Exclusion : Les petites et moyennes entreprises (PME) des pays moins industrialisĂ©s se heurtent Ă  des rĂšgles d’origine complexes et des exigences rĂ©glementaires coĂ»teuses, limitant de facto leur accĂšs au marchĂ© rĂ©gional.
  • Infrastructures InadĂ©quates : Le manque de connectivitĂ© transfrontaliĂšre (routes, Ă©nergie, numĂ©rique) pĂ©nalise les Ă©conomies moins dĂ©veloppĂ©es, augmentant les coĂ»ts de transaction et rĂ©duisant la compĂ©titivitĂ©. Les projets sont souvent ralentis par des problĂšmes de financement et de coordination.

C. L’Érosion du Tissu Industriel Local

L’ouverture des marchĂ©s, sans mĂ©canismes de soutien ni de sauvegarde adĂ©quats, a exposĂ© les industries naissantes Ă  une concurrence fĂ©roce, souvent subventionnĂ©e, menant Ă  une dĂ©sindustrialisation notable et Ă  des pertes d’emplois.

  • Exemples Pratiques : L’Ă©chec Ă  protĂ©ger l’industrie textile au Lesotho et en Eswatini, ou la concurrence frontale subie par les agriculteurs zimbabwĂ©ens face aux produits sud-africains, illustrent l’absence de politiques industrielles rĂ©gionales robustes.
  • Le PiĂšge de la DĂ©pendance : L’intĂ©gration, couplĂ©e Ă  une dĂ©pendance excessive aux exportations de matiĂšres premiĂšres, risque d’exacerber le phĂ©nomĂšne du « Dutch Disease », oĂč la croissance du secteur extractif Ă©touffe les secteurs manufacturiers et agricoles.

II. Faiblesse de la Gouvernance et Bénéficiaires Cachés

Les mĂ©canismes de gouvernance interne de la SADC se sont avĂ©rĂ©s fragiles, crĂ©ant un environnement oĂč certains acteurs profitent du systĂšme au dĂ©triment de l’Ă©quitĂ©.

A. La Fragilité du Cadre Juridique et la Dépendance Externe

Le Tribunal de la SADC, garant de la primautĂ© du droit rĂ©gional, a vu ses pouvoirs suspendus et limitĂ©s en 2010 suite au non-respect de ses dĂ©cisions par certains États. Cette suspension a gravement minĂ© la crĂ©dibilitĂ© du cadre juridique rĂ©gional et l’attractivitĂ© de la rĂ©gion pour les investissements.

De plus, la dĂ©pendance significative aux donateurs externes pour le financement des programmes peut compromettre l’autonomie stratĂ©gique de l’organisation et sa capacitĂ© Ă  dĂ©finir des prioritĂ©s vĂ©ritablement endogĂšnes.

B. Les Acteurs qui Profitent de l’InĂ©galitĂ©

L’intĂ©gration a créé des dynamiques de marchĂ© qui bĂ©nĂ©ficient de maniĂšre disproportionnĂ©e Ă  certains acteurs :

  • Grandes Entreprises et Multinationales : Notamment celles basĂ©es en Afrique du Sud (finance, tĂ©lĂ©communications, grande distribution), qui utilisent les Ă©conomies d’Ă©chelle et les rĂ©seaux pour dominer les marchĂ©s rĂ©gionaux.
  • Élites Politico-Économiques : Le manque de transparence et les lacunes dans la gouvernance permettent aux Ă©lites connectĂ©es de s’assurer des bĂ©nĂ©fices via des licences prĂ©fĂ©rentielles ou des contrats qui faussent la concurrence.

III. 💡 La RĂ©volution du Djimbilisme : Une Feuille de Route EndogĂšne

Face Ă  ces lacunes, une rĂ©forme substantielle est impĂ©rative. Le Djimbilisme, prĂ©sentĂ© comme une piste de solutions endogĂšnes, propose un plan d’action intĂ©grĂ© pour mettre fin Ă  la souffrance africaine faite de sous-dĂ©veloppement et de dĂ©pendance. Il s’agit d’une approche technique, stratĂ©gique et financiĂšrement planifiĂ©e pour une SADC forte et Ă©quitable.

A. Stratégies et Propositions Techniques (Feuille de Route Intégrée)

Le Djimbilisme prÎne une approche en rupture avec la dépendance et le statu quo.

  1. RĂ©habilitation du Droit RĂ©gional : RĂ©tablir et renforcer le Tribunal de la SADC avec des pouvoirs exĂ©cutoires non nĂ©gociables, et appliquer des mĂ©canismes de sanction pour le non-respect des protocoles. Le Droit est la fondation de l’Échange Équitable.
  2. Politique Industrielle RĂ©gionale (PIR) et Salvaguarde : Mettre en place des mĂ©canismes de sauvegarde robustes et temporaires (droits de douane ajustĂ©s, quotas) pour protĂ©ger les PME et les industries naissantes. Ces industries doivent bĂ©nĂ©ficier d’une pĂ©riode d’adaptation et de mise Ă  niveau technologique avant l’ouverture totale des marchĂ©s.
  3. Priorisation des Infrastructures de Connexion : Focaliser les investissements sur les Corridors de Développement Régional (CDR) et les interconnexions énergétiques.
  4. Assouplissement de la Circulation des Personnes : Honorer pleinement les protocoles sur la libre circulation pour faciliter la mobilitĂ© de la main-d’Ɠuvre qualifiĂ©e, essentielle au transfert de compĂ©tences et Ă  l’harmonisation des Ă©conomies.
  5. Financement EndogÚne : Réduire la dépendance aux donateurs en développant des mécanismes de financement propres à la SADC, comme des taxes sur les transactions intra-régionales ou des obligations de développement émises conjointement.

B. Projections d’Investissement et MĂ©thodologies de Construction (Approche Djimbilisme)

Le Djimbilisme ne se limite pas Ă  des principes ; il propose une ingĂ©nierie financiĂšre et technique dĂ©taillĂ©e pour la concrĂ©tisation des infrastructures, condition sine qua non de l’intĂ©gration :

Secteur ClĂ©Projection d’Investissement (Annuelle Est.)MĂ©thodologie de Construction / Financement
Infrastructures de Transport (CDR)$3-5 milliards USDPPP (Partenariats Public-PrivĂ©) rĂ©gionaux avec garanties de la SADC. Utilisation de matĂ©riaux et main-d’Ɠuvre locaux (politique du « 80/20 » : 80% local).
Interconnexion ÉnergĂ©tique$1-2 milliards USDFinancement par des obligations vertes rĂ©gionales et des fonds souverains. Utilisation de technologies renouvelables adaptĂ©es (solaire, hydro).
Fonds de Soutien aux PME/Industrie$500 millions USDFonds de Garantie RĂ©gional alimentĂ© par les États membres et une redevance sur les bĂ©nĂ©fices des multinationales opĂ©rant dans la rĂ©gion.
Formation et Transfert de CompĂ©tences$100 millions USDCrĂ©ation de Centres d’Excellence RĂ©gionaux (CER) et mobilitĂ© des professeurs et stagiaires subventionnĂ©e.

MĂ©thodologie de Construction : Le Djimbilisme prĂ©conise le recours Ă  l’ingĂ©nierie africaine et une gestion de projet qui garantit la transparence et l’efficacitĂ©. Les projets doivent ĂȘtre conçus pour maximiser l’impact social et Ă©conomique local, en intĂ©grant les communautĂ©s dans la phase de conception et d’exĂ©cution.


Conclusion : L’ImpĂ©ratif d’ÉquitĂ© pour la ProspĂ©ritĂ©

L’Accord de la SADC est essentiel, mais son potentiel reste bridĂ© par le fossĂ© entre les engagements formels et les rĂ©alitĂ©s asymĂ©triques sur le terrain. L’intĂ©gration sans Ă©quitĂ© n’est qu’une nouvelle forme de domination.

La seule voie vers une SADC qui bĂ©nĂ©ficie vĂ©ritablement Ă  tous ses États membres est celle qui place l’Ă©quitĂ©, la primautĂ© du droit et le dĂ©veloppement industriel endogĂšne au centre de son action. La vision du Djimbilisme offre une feuille de route technique et financiĂšrement plausible pour surmonter ces lacunes et faire de la SADC le moteur de dĂ©veloppement inclusif qu’elle est destinĂ©e Ă  ĂȘtre.


📖 Pour aller plus loin et soutenir la RĂ©volution du Djimbilisme :

DĂ©couvrez l’analyse dĂ©taillĂ©e et les solutions endogĂšnes africaines proposĂ©es par l’auteur !

Achetez le livre « Vers un Echange Equitable : Solutions africaines pour le commerce » écrit par Victor Djimbila Kazadi.

  • Disponible sur la boutique en ligne « Morebooks »
  • Ou contactez directement l’Ă©ditrice Ecaterina Foghel Ă  e.foghe@editions-ue.com

Laisser un commentaire

Quote of the week

"People ask me what I do in the winter when there's no baseball. I'll tell you what I do. I stare out the window and wait for spring."

~ Rogers Hornsby
Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer