Thème : « De la mémoire de nos ancêtres à l’avenir du cuivre : honorer notre histoire, préserver notre patrimoine et construire notre avenir »
Excellences, Honorables Députés, Autorités politico-administratives, Chefs coutumiers, Responsables de la Gécamines et chers partenaires, Distingués invités en vos titres et qualités respectifs dont la liste vous sera lue tout à l’heure, Chers frères et sœurs du Groupement Katanga :
Avant toute chose, au nom de l’ensemble de notre communauté, je tiens à exprimer notre plus profonde gratitude à Son Excellence Monsieur Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, Président de la République, Chef de l’État, pour son attention constante accordée à la mémoire, à la culture et à la sauvegarde du patrimoine de notre nation.
Nos remerciements les plus sincères s’adressent également à :
- Son Excellence Monsieur le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur, pour son engagement en faveur de la paix, de la sécurité et de la cohésion nationale ;
- Madame l’Ambassadrice Itinérante de Son Excellence Monsieur le Président de la République, dont le soutien et la présence honorifique réhaussent l’éclat de cette journée historique ;
- Son Excellence Monsieur le Ministre des Mines, pour sa vision axée sur la valorisation responsable de notre patrimoine minéral ;
- Son Excellence Monsieur le Gouverneur de la Province du Haut-Katanga, ainsi qu’aux autorités provinciales et territoriales qui partagent cet événement avec nous ;
- Les autorités et représentants de la Gécamines, partenaire historique de l’exploitation industrielle dans notre région.
Votre présence aujourd’hui témoigne d’une vérité essentielle : l’histoire locale devient une histoire nationale lorsqu’elle est portée avec dignité, vérité et responsabilité.
II. L’ORIGINE DES « MANGEURS DE CUIVRE » : DE LA LÉGENDE À LA MÉTALLURGIE
Mesdames et Messieurs, la question centrale qui rassemble nos esprits aujourd’hui est la suivante : Pourquoi sommes-nous appelés les « Mangeurs de Cuivre » ?
Cette expression emblématique n’est pas une simple formule poétique. Elle prend sa source dans l’histoire séculaire de notre sous-sol et dans le savoir-faire métallurgique de nos ancêtres au cœur de la région de Luisha, dans le Groupement Katanga.
1. La découverte de Kipai et le berceau de Luisha
Selon la tradition orale qui nous a été léguée, tout commence avec l’histoire de Kipai. Fils de Kawama (originaire du village de Mwepo), Kipai revint dans notre région et épousa sa cousine Inamatumbo. Sa mère ayant ensuite épousé un Mulenge expert dans l’art de fondre le métal, Kipai fut initiated aux secrets de la métallurgie.
Au cours d’une partie de chasse, Kipai découvrit les premiers affleurements de malachite dans la zone alors appelée Lubika, bordée au sud-est par les collines de Lubushia — nom qui évoluera plus tard pour devenir Luisha. Avec le soutien visionnaire du Chef Katanga-Pungu (successeur de Toroka), Kipai établit son campement près du mont Kansongwe et commença la production des premiers lingots de cuivre traditionnels.
2. La transmission du savoir technologique
Nos ancêtres n’étaient pas de simples observateurs de la nature ; ils en étaient les transformateurs. De Kipai, cet art fut transmis à Fiamumenda (du village de Fundwe, chefferie de Shindaika), qui apporta la métallurgie chez les Balemba pour le compte du chef Fundwe. Cette science s’est ensuite diffusée le long des réseaux commerciaux, reliant le Groupement Katanga aux Lunda de Kazembe, aux Baushi du Luapula, aux Baluba et plus tard aux Bayeke. Le cuivre devint alors un vecteur de paix, d’alliances et de diplomatie.
3. « Kintengwe Twayo Kulyo Mukuba » : Le cri des fourneaux
Pourquoi alors parler de « mangeurs » ? Lorsque nos anciens fondeurs travaillaient le minerai dans l’intimité des forêts et sous le feu des soufflets, ils entonnaient un chant rituel et technique :
« Kintengwe twayo kulyo mukuba… »
Cette incantation poétique décrivait les fourneaux traditionnels qui « mangeaient » (dévoraient) la malachite brute pour donner naissance au métal pur. C’est du langage symbolique de ces artisans et de la dégradation thermique du minerai dans le feu de la réduction qu’est née l’appellation « Mangeurs de Cuivre ».
Nous ne sommes pas des « mangeurs de cuivre » par destruction de notre terre. Nous le sommes par héritage du savoir-faire, courage, transformation et maîtrise des éléments.
III. DU BRASIER TRADITIONNEL À L’AVENIR INDUSTRIEL ET SCIENTIFIQUE
1. Un pont entre mémoire et modernité
Nous voulons saluer la Gécamines et l’industrie minière moderne. Mais rappelons-nous : avant les grandes machines, il y avait les mains ; avant les installations industrielles, il y avait les fourneaux de Kipai. La modernité qui oublie ses racines ressemble à un arbre qui refuse de reconnaître son propre sol. Cette célébration n’oppose pas la tradition à l’industrie ; elle dresse un pont entre la mémoire séculaire et l’avenir technologique.
2. Appel aux entreprises minières
Aux partenaires miniers opérant sur nos terres, nous proposons un partenariat responsable. Le Groupement Katanga ne doit pas être un simple lieu d’extraction, mais un pôle de développement communautaire :
- Respect de l’environnement et des communautés locales ;
- Emploi et formation professionnelle pour la jeunesse ;
- Développement des infrastructures de base.
« Une mine qui enrichit seulement le sous-sol est une exploitation ; une mine qui développe aussi la communauté devient un partenariat. »
3. Préservation scientifique : Le Centre de Mémoire Cuprifère
Afin que ce patrimoine ne s’efface pas, j’lance un appel aux universitaires, historiens et archéologues. Nous ambitionnons la création du Centre de Mémoire et du Patrimoine Cuprifère du Groupement Katanga, incluant un musée vivant autour de nos fonderies traditionnelles. Nos enfants doivent pouvoir toucher leur histoire pour mieux appréhender les sciences de demain.
IV. DÉCLARATION SOLENNELLE ET DÉDIÉE À LA JEUNESSE
Mes jeunes frères et sœurs, Le cuivre qui a fait la renommée de notre terre est une invitation à maîtriser la géologie moderne, l’ingénierie, l’intelligence artificielle et la transformation locale. La mine peut donner le métal, mais seul le savoir donne un avenir au métal. Ne cherchez pas votre avenir uniquement ailleurs : apprenez à transformer et innover sur votre propre sol.
Déclaration d’ouverture
En ma qualité de Grand Chef du Groupement Katanga, je déclare solennellement ouverte cette première édition de la Fête des Mangeurs de Cuivre, qui se tiendra désormais chaque année à la date du 20 août.
Que cette journée soit dédiée à la paix, à la mémoire, à la science et au progrès social.
V. MOT DE FIN ET DEVISE
Que le cuivre ne soit plus jamais une source de division, mais un symbole d’unité entre les peuples. Gardons en mémoire cette devise pour nos enfants :
« De la terre, le minerai ; Du savoir, la transformation ; De la mémoire, l’identité ; De l’unité, la force ; Et de la jeunesse, l’avenir. »
Que vive la mémoire de nos ancêtres fondeurs !
Que vive le Groupement Katanga !
Que vive la Province du Haut-Katanga !
Que vive la République Démocratique du Congo !
Je vous remercie.
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